J'ai vu son regard qui attendait des gens que ce qu'elle méritait, mais qui était tout de même plus qu'ils ne pouvaient lui donner. J'ai senti tout ce qu'elle ne disait pas, de peur de nous ennuyer avec son charabia, avec son mal, avec sa vie qui foutait le camp alors qu'elle avait tellement cru en elle. J'ai entendu tous ces détails de sa douleur qu'elle ne disait pas parce qu'au fond, on ne peut pas comprendre. J'ai vu les larmes qu'elle a versées, autant que celles qu'elles n'a pas osées. J'ai vu ses yeux fatigués qui regardait mon visage comme pour trouver un endroit où se reposer. Je l'ai vu si petite dans ce corps qu'elle ne reconnaissait pas et qui lui faisait si mal d'être le sien. Je l'ai vu essayé d'être grande alors que mettre un pied devant l'autre c'était lui demander de souffrir comme jamais personne n'a souffert. Je l'ai vue être forte, forte pour moi.Et moi je n'ai rien dit. Je suis restée là à la regarder. Presque sans la reconnaitre. Si je n'ai rien dit, c'est parce que les mots, ça ne reconstruit pas une vie. Et parce que pendant que j'étais là, à la regarder, à ne rien dire, à essayer de me montrer forte, plus pour moi que pour elle, je m'écroulais tranquillement, tranquillement, mais dans un vacarme assourdissant, je réalisais, pour la première fois, qu'elle avait été seule si souvent dans sa vie et qu'elle l'était plus que jamais, seulement à quelques mètres de moi..